80 ans du Statut du mineur : paroles d'un ancien mineur de charbon

Dernière mise à jour le

César Brassens en sa tenue de mineur

César Brassens est un ancien mineur de fond. Il a commencé à travailler à l’âge de 16 ans. Il vit à Sin-le-Noble dans le département du Nord. Depuis quelques années, il intervient avec un groupe de mineurs retraités dans les écoles de sa région pour transmettre une mémoire de son métier de mineur de fond : les outils, les horaires, la camaraderie. L’action appelée “D’une mine à l’autre” a été construite avec le service social de l’ANGDM. 

Il livre aujourd’hui sa vision du Statut du mineur au regard de son parcours professionnel.

Racontez-nous votre parcours de mineur

César Brassens : Originaire de Péquencourt, j’ai commencé en octobre 1956 à l’âge de 16 ans à la fosse Lemay. Mon père et mes frères étaient mineurs, j’ai travaillé comme galibot1 jusqu’à mes 18 ans et suis devenu ouvrier après. On arrivait à la mine à pied ou à vélo, il y avait un puits presque dans chaque village. Apprenti, je n’abattais pas le charbon, je fournissais le matériel aux ouvriers, chargeais les berlines de charbon etc. En 1956, il y avait encore des chevaux qui tiraient les trains de berlines. Ils se nourrissaient et se reposaient dans les écuries au fond de la mine. Les chevaux ont été remplacés rapidement par des locomotives diesel d’abord et électriques ensuite, et les écuries ont cédé la place à la station de charge. Les stages de jour étaient fréquents, nous apprenions notre métier dans la mine-image, une mine reconstituée en béton pour parfaire nos techniques de futur mineur. En 1958, j’ai obtenu mon CAP. Ensuite, j’ai travaillé comme ouvrier dans différents chantiers d’abattage du charbon avec un marteau piqueur alimenté par l’air comprimé.

Par la suite, après une formation à l’école des cadres de Lewarde, je suis arrivé en tant qu’agent de maîtrise à la fosse de Sessevalle.

Je suis remonté au jour après 23 ans au fond de la mine, à cause de la silicose. J’ai continué ma carrière dans différents services administratifs. En 1990, les deux dernières fosses du bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais, Oignies pour le Pas-de-Calais et Escarpelle pour le Nord, ont été fermées.

1 Enfant employé dans les travaux souterrains.

Quelle est votre perception du Statut du mineur ?

César Brassens : Le Statut a permis aux mineurs et à leurs familles d’avoir un logement, du charbon pour le chauffer, le service de médecine avec un médecin dans chaque commune et de bénéficier des congés payés. Ces mesures ont permis d’attirer les ouvriers. Beaucoup sont venus pour ces avantages-là. C’était la contrepartie de la dureté du métier où les maladies professionnelles et les accidents n’étaient pas rares. Quant à moi, je logeais avec ma famille dans un camus haut. L’hiver, il ne faisait pas très chaud dans les chambres. Les familles disposaient de parcelles de jardin où nous cultivions des légumes, certaines avaient des poulaillers et des clapiers.

Une réelle camaraderie caractérisait notre métier et une fierté d’appartenir à cette communauté composée de différentes nationalités.

Quels sont vos souvenirs les plus marquants de votre quotidien à la mine ?

César Brassens : Nous étions tous pareils, serrés dans une cage qui nous descendait au fond à la vitesse de 8 mètres par seconde. Une réelle camaraderie caractérisait notre métier et une fierté d’appartenir à cette communauté composée de différentes nationalités : les Français, les Polonais, les Italiens et par la suite, les Maghrébins. On travaillait les trois fois huit heures, c’est-à-dire, en continu, le matin, l’après-midi et la nuit. La nuit, il n’y avait pas d’abattage, on remblayait, c’est-à-dire remplaçait le charbon par de la terre et effectuait également de différents travaux de maintenance. Les conditions de travail étaient dures, beaucoup de mes camarades sont décédés suite à des accidents du travail ou maladies professionnelles comme la silicose. Par la suite, les conditions de travail se sont améliorées grâce à la modernisation des équipements et la lutte contre les poussières.

Quel regard portez-vous maintenant sur votre métier ?

César Brassens : J’ai toujours aimé mon métier. J’éprouve de la fierté et aucun regret. Si c’était à recommencer, je n’aurais pas hésité une seule seconde.

Étant bénéficiaire de l’ANGDM, j’apprécie le contact avec les assistantes sociales Sylvie Corez et Aurélie Delmotte qui ont accompagné les anciens mineurs dans le cadre des actions auprès des élèves « D’une mine à l’autre ». Quelques ayants-droit du régime minier ont participé à nos rencontres dans les écoles. Les interventions du groupe du pilotage se sont principalement déroulées sur le Douaisis au cœur du bassin minier, sauf une fois avec les élèves de l’école des Trois Villages de Gavrelle en milieu rural. Le groupe se composait de deux assistantes sociales et cinq anciens mineurs : Léon, Georges, Jean-Michel, Louis et moi-même.

P.S. Rappelons nous entre autres, les catastrophes de Courrières de 1906 avec ses 1099 morts et de Liévin en 1974 avec 42 morts.