80 ans du Statut du mineur : regard du directeur des prestations statutaires de l'ANGDM

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Joïc Berthaud en tenue de réserviste, en patrouille lors des JO de Paris de 2024

L’Arc-en-Ciel a consacré le numéro 73 aux 80 ans du Statut du mineur. A cette occasion, la parole a été donnée aux anciens mineurs bien sûr mais aussi aux gestionnaires qui ont mis en oeuvre la règlementation issue du Statut. 

Joïc Berthaud, directeur des prestations statutaires de l’ANGDM a travaillé pendant plus de 40 ans au service des anciens mineurs et de leurs familles. Il est lui-même un enfant de la mine puisque son père et son grand-père étaient mineurs aux HBNPC. 

Joïc Berthaud, à l’orée de son départ en retraite, a accordé une interview qui a dépassé le cadre de l’Arc-en-Ciel n°73. La voici en intégralité.

Quels ont été les grands événements de ta longue carrière au service des anciens mineurs ?

Joïc Berthaud : Je suis arrivé aux Houillères du bassin du Nord-Pas-de-Calais en 1982, par un curieux concours de circonstance, au sein de ce qui s’appelait à l’époque le SAGIC, le service administration et gestion des ingénieurs et cadres, pour gérer la paie, les avantages nature et surtout les préretraites des ingénieurs. Pour la petite histoire, j’avais été reçu au concours de la police nationale et, la veille de mon départ pour intégrer l’école de police de Nantes, les HBNPC m’ont appelé pour me proposer un poste d’agent administratif à Douai.

Mon grand-père, mon père étaient tous les deux mineurs. Les avantages du Statut du mineur ont contribué aussi à ce que je fasse le choix « mineur ».

Sept ans plus tard, j’ai intégré le Centre national de gestion des retraites des charbonnages de france où j’ai eu la chance d’élargir mes connaissances en gérant également les personnels ouvriers et ETAM. Ma formation a été assurée par d’anciens agents de maîtrises qui avaient travaillé au fond et qui finissaient leur carrière dans des postes administratifs. Par la suite, j’ai saisi l’opportunité qui se présentait en me spécialisant dans le domaine du contrôle et de l’audit interne. Mon expérience et les compétences acquises m’ont permis, à la création de l’ANGDM en 2005, d’intégrer les services de l’agence comptable en qualité de contrôleur des prestations. Le passage du monde associatif au fonctionnement d’un établissement public de l’État n’a pas été de tout repos, souvent conflictuel au démarrage, mais en finalité, cela a conduit l’agence à formaliser les textes et règlements des différents employeurs miniers et à faire valider par les tutelles ce que l’on appelle les us et coutumes.

Quelques années plus tard, je suis revenu à mes premiers amours, à savoir la gestion des prestations, et j’ai accepté, non sans une certaine appréhension, le poste de directeur des prestations et du logement. Lors de la dernière réorganisation de l’agence, ma direction a évolué en direction des prestations statutaires.

 

Il faut toujours avoir en mémoire l’esprit particulier de cette corporation, les combats, les dispositifs atypiques liés aux offres de soins ainsi qu’à la gestion des plans sociaux, mais aussi et surtout, le versement des prestations de chauffage et de logement dues au titre du Statut du mineur.

Dis-nous en plus sur ton poste actuel.

Joïc Berthaud : Les employeurs miniers, et plus particulièrement les Charbonnages de France, sont des usines à dérogations. Il y a un grand nombre de particularités dans la mesure où, si le Statut du mineur a fixé des règles et des barèmes pour tous, les différents employeurs miniers, selon la substance extraite (charbon, fer, potasse, sel, ardoisières et bien d’autres « petites entités minières ») ont pu accorder à leurs salariés des avantages complémentaires.

Ces prestations dites réglementaires viennent en sus des prestations statutaires de chauffage et de logement ; des règles d’applications de ces prestations diffèrent également d’un bassin à l’autre.

Ce sont toutes ces spécificités souvent complexes qu’il convient de gérer. La direction des prestations statutaires détermine, dans un premier temps, les droits aux avantages en nature et aux régimes de préretraite applicables à chaque substance minière puis, dans un second temps, en assure la gestion et le paiement mensuel jusqu’au décès du bénéficiaire puis du conjoint survivant.

Quand on évoque les avantages en nature, on parle de la prestation de chauffage et de logement. Ces prestations peuvent être servies en espèces, sous forme de capitalisation ou en nature pour la prestation de logement, c’est à dire par la prise en charge par l’agence des loyers du logement occupé par le bénéficiaire. La deuxième grande partie du travail de la direction est la gestion des différents plans sociaux mis en place par les employeurs miniers ; nous assurons le paiement des allocations de retraite anticipée et de raccordement jusqu’à ce que les bénéficiaires puissent liquider leur retraite sans aucun abattement. Nous les accompagnons dans leurs démarches pour la liquidation de leur pension de retraite.

Parmi les particularités gérées, nous assurons également la gestion et le paiement des bourses des mines accordées aux enfants de mineurs qui poursuivent des études.

Toutes les activités de la DPS font l’objet d’une présentation en commission nationale des prestations composée des organisations syndicales représentant les bénéficiaires et des tutelles de l’agence.

Le rôle de cette commission est de s’assurer que toutes les prestations servies sont correctement gérées dans la stricte application des accords ou règlements et en fonction des évolutions des différents régimes de retraite de base et complémentaires.

Toi-même, tu es en retraite progressive ?

Joïc Berthaud : Tout à fait, j’ai demandé à bénéficier du dispositif de la retraite progressive afin de réaliser un rêve de jeunesse, et me voilà donc, depuis 2023, policier adjoint réserviste. A ce titre, j’assure sur le terrain chaque semaine des missions de police secours où je dois faire face à une certaine misère et détresse humaine. C’est dans ce cadre que j’ai été mobilisé pour la sécurisation des biens et des personnes durant les Jeux Olympiques en 2024.

Ma carrière professionnelle s’achèvera prochainement à l’ANGDM après 44 ans de bons et loyaux services.

Mon engagement dans la police nationale reste, quant à lui, toujours actif. J’ai trouvé dans cette institution un point commun avec le monde minier. C’est l’esprit de solidarité nécessaire que devaient avoir les mineurs de fond compte tenu des dangers et des conditions particulièrement difficiles d’exploitation des minerais, et c’est le même esprit de solidarité que je vois au sein de la police nationale, plus particulièrement lors d’interventions qui peuvent être compliquées, surtout dans le contexte actuel.

Pars-tu serein ?

Joïc Berthaud : Oui, tout à fait. Gérer le détail et l’exception est le quotidien de la direction qui fonctionne en équipe en tenant compte des qualités et du savoir faire de chaque personne. 

Depuis plusieurs mois, nous avons, en concertation avec la direction générale de l’agence, anticipé mon départ à la retraite et j’ai eu le plaisir d’engager une démarche de transfert de connaissances auprès de mon adjoint, Sulimane En Nassiri ; il aura pour mission de poursuivre la gestion des prestations dans les meilleures conditions possibles avec l’objectif perpétuel d’une bonne gestion compte tenu des spécificités multiples au sein des différentes substances minières. 

Les gestionnaires métiers supervisés par Doreen Mullin, Jérémy Ladrière, notre référent réglementaire, Isabelle Cornu, la responsable de la cellule contrôle et Gaëlle Wojnowski, la responsable budgétaire, composent la direction. La particularité de cette équipe est que le monde minier n’était pas une découverte pour personne ; un membre de leurs familles, un arrière-grand-père, un grand-père, un père, un cousin …a travaillé plus en moins longtemps au sein des Houillères. Ils ont donc toutes et tous une sensibilité, une approche commune et une attention accrue pour rendre le meilleur service possible aux bénéficiaires dans le respect des accords et règlements.

Il faut toujours avoir en mémoire l’esprit particulier de cette corporation, les combats, les dispositifs atypiques liés aux offres de soins ainsi qu’à la gestion des plans sociaux, mais aussi et surtout, le versement des prestations de chauffage et de logement dues au titre du Statut du mineur.

C’est pour cela qu’il nous faut continuer d’assurer le versement des prestations à ces hommes et femmes qui ont travaillé durement dans cette profession sans oublier que si nous sommes là aujourd’hui c’est bien grâce à leur travail.

Quelles sont, selon toi, les conditions d’une carrière professionnelle réussie ?

Joïc Berthaud : Réussir son parcours pro, c’est comme réussir une recette de cuisine ; il faut déjà être passionné ou aimer ce que l’on fait ; il faut avoir aussi les bons ingrédients, c’est à dire des compétences, de la rigueur, du courage, un certain charisme et un peu de chance qu’il faut encore savoir saisir.

C’est pour cela qu’il nous faut continuer d’assurer le versement des prestations à ces hommes et femmes qui ont travaillé durement dans cette profession sans oublier que si nous sommes là aujourd’hui c’est bien grâce à leur travail.