80 ans du Statut du mineur : témoignage d'un mineur de Lorraine
Dernière mise à jour le

Ancien mineur de fond, Douglas Yanyatovich vit avec son épouse en Moselle. Début 2019, l’Etat français l’a promu « Chevalier dans l’Ordre des Palmes académiques » pour son travail dans les relations entre la France et la Russie, et le « service rendu à l’Éducation Nationale ».
Il revient sur son expérience de mineur de fond et nous donne son point de vue sur le Statut du mineur et plus généralement sur le monde de la mine.
Quelle est votre perception du métier de mineur ?
Douglas Yanyatovich : J’ai longtemps perçu la mine comme une sorte de paradis : logement, chauffage, autobus pour aller travailler gratuits, meilleur protection sociale que dans le privé, trois primes par an, correspondant à 2,5 salaires supplémentaires. Possibilités d’heures supplémentaires, à 50% de plus le samedi et 100% de plus le dimanche ! J’ai pu ainsi payer l’achat de ma maison (des houillères) en seulement 8,5 ans, grâce aussi au prêt CODAL, avec un seul salaire !
J’ai commencé comme simplement mineur au Puits Wendel, bien qu’ayant le CAP d’électricien, puis j’ai fait ma maîtrise d’électricien, par la Chambre des métiers. J’ai fini ma carrière comme chef d’équipe en 2003. La sécurité sociale des mines m’a permis d’aller faire des cures pour mes poumons à Vence. En congé charbonnier de fin de carrière, j’ai suivi des cours universitaires, puis j’ai enseigné dans plusieurs universités et lycées de Russie et de France. Avec mon épouse, nous avons beaucoup voyagé et visité 27 pays : je parle presque sept langues. J’ai créé un club d’astronomie, et ai organisé un vol pour l’éclipse solaire totale en 1998.
Quelle est votre perception du Statut du mineur ?
Douglas Yanyatovich : Le Statut du mineur avait une visée protectrice. Car on risquait sa vie en descendant tous les jours au fond avec la cage. Mes souvenirs les plus poignants de cette période sont tous liés à des accidents dramatiques : j’ai réussi à éviter un jour un accident à - 950 mètres, au puits Reumaux. L’instinct a fait que je me sois assis au bon endroit devant un aiguillage, et ai pu éviter que des wagons tombent dans le puits, ce qui aurait provoqué la mort des mineurs des puits Reumaux et Vouters. Le souvenir d’un autre évènement aussi marquant me revient souvent : au point de chargement de Marienau, un collègue a été tué dramatiquement, par défaut de sécurité. Je devais travailler avec lui, mais en avais été empêché au dernier moment. Mes collègues présents avaient été très choqués !
On risquait sa vie en descendant tous les jours au fond avec la cage.
Quel regard portez-vous sur le monde de la mine ?
Douglas Yanyatovich : Les Houillères du Bassin de Lorraine ont malheureusement fermé, ce qui a entraîné également la fermeture de beaucoup d’entreprises dans notre région. Appauvrissement ! J’ai aimé le monde du mineur, mon métier où la solidarité était quelque chose de concret. Vous savez qu’au fonds de la mine, il faisait tellement noir qu’un mineur ne devait jamais y rester seul. Car si l’ampoule de la lampe se cassait, il ne pouvait plus retrouver le chemin vers le puits. C’est tout ce monde disparu que je regrette aujourd’hui !
